Diffuser les groupes en radio, les faire jouer sur nos concerts, ça suffisait plus. Maintenant on fait des chroniques des disques qu’on aime, qu’on écoute, qu’on reçoit, qu’on pirate. Et même qu’on vous offre un titre de chaque groupe chroniqué, en mp3 via notre flux podcast.
Robot Orchestra est un duo noise rock originaire de la Rochelle. Deux tronches qu’on a déjà vues quelque part, à Orléans et sur la route… l’ami Steve, tout d’abord. Rencontré il y a une dizaine d’années avec son groupe Feeding qui pratiquait une sorte de “post neo metal” pas mal du tout. PP&M les avait fait jouer à l’Underground, rue de la Cholerie à Orléans… ça date ! Steve gueulait dans le micro et tournait déjà avec ses potes de Down To Earth, plutôt branchés Quicksand si je me souviens bien à l’époque.
Egalement tourneur d’un beau paquet de groupes, Steve a malgré tout trouvé le temps de se mettre à la guitare et de multiplier les projets musicaux. Certains se rappellent peut-être Jenna, son combo emo gueulard… depuis quelques années maintenant il semble se consacrer à Robot Orchestra. Avec lui officie le batteur de Down To Earth (dernier album chroniqué ici). Pour les chanceux qui connaissent et apprécient DTE, Disorder of Colors n’est pas dénué d’intérêt. On retrouve ce même jeu de batterie aussi puissant qu’inspiré et technique, mais dans une ambiance plus sombre et noisy.
Le chant n’est pas omniprésent au long des sept titres du disque, et laisse la place à de successives montées et descentes plutôt réussis dans le genre emo. Robot Orchestra a de la personnalité : en cherchant bien, on sent que la paire aime bien Shellac, The Jesus Lizard, des trucs plus indie rock mais tout aussi incisifs comme Lack, Fugazi ou Jawbox… mais ça s’arrête là : les ambiances sont tellement variées suivant les morceaux que le Disorder a finalement assez de Colors dans sa palette pour peindre un truc original et plaisant, tout en caressant les oreilles des rockeurs scotchés dans les 90’s.
Robot Orchestra est souvent sur la route, partout en Europe… essayez de les choper en live !
Un poulpe sur la pochette : déjà, ça commence bien. Un premier morceau, Bermuda Triangles, qui rentre directement dans ma playlist “5 étoiles”. Les gars de l’Ohio font mouche grâce à un judicieux mélange de post rock à guitares “son clair qui tricote” et de vocaux aussi mélodiques qu’aériens… selon la bio, le groupe était auparavant en format instrumental, et vient d’accueillir un chanteur/guitariste. Breakthroughs In Modern Art est ainsi le premier disque du groupe dans ce format pop.
Car c’est bien de pop qu’il s’agit : Six Gallery me rappelle le fleuron de la musique indie à guitares qui dégueule de mon disque dur : en premier lieu Minus The Bear, puis Monochrome, Oh! The Joy, Look Mexico, le début de Bloc Party… et même un peu de choses moins faciles d’accès comme Cougar (tiens, un groupe de post rock) ou Maps & Atlases, avec lesquels Six Gallery a déjà tourné. En gros, du groupe pointu : il ne faut pas s’attendre à voir cet album grimper en haut des charts, d’ailleurs l’album est déjà sorti depuis un an sans faire vraiment parler de lui.
Reste que derrière des refrains pop à souhait, un son ultra agréable et blindé de jolies reverb de partout, on sent que Six Gallery est un groupe exigeant. C’est pas la machine de guerre ricaine habituelle, mais plutôt la finesse d’écriture et d’exécution qui règne ici, propre aux groupe précités. On sent qu’on a affaire à de très très bon techniciens, notamment les gratteux qui jouent quasi constamment en tapping. Dans l’ensemble assez mélancolique (vous avez dit “emo” ?), l’album réserve quelques envolées de guitares grasses à souhait qui font du bien par où elles passent.
Sûrement un peu trop barré dans son genre pour le grand public, Six Gallery est un de ces groupes capables de pondre des tubes qui gagneraient à être (un peu plus) connus. Libre à vous de passer le mot !
Birds In Row fait partie de ces groupes de la scène underground française dont la démarche force le respect, et dont l’approche du punk hardcore se révèle être particulièrement aboutie et cohérente. Un premier EP quatre titres au format vinyle, une pochette sérigraphiée maison, on est dans le DIY pur et dur, j’adore déjà, et ce avant d’écouter !
Côté line-up, on retrouve deux anciens membres du quatuor lavallois Sling69. Au niveau de la voix, pas de grosse surprise en somme : un chant hurlé, efficace, qui vient des tripes, mais qui mériterait parfois d’être d’avantage mis en valeur. Sinon Birds In Row c’est : une basse furieuse, de la lourdeur, de l’émotion, la claque quoi ! J’ai pas encore eu la chance de voir les mecs en live, mais doux Jésus ça doit sérieusement envoyer du bois !
L’épique Actus fidei, qui clôture la galette démontre un talent certain pour la composition et la maîtrise des ambiances contrastées. Cet ultime morceau transpire la sincérité et la passion. Ni plus ni moins. Les trois gars en veulent, ça s’entend et ça se sent. Ça promet pour la suite c’est clair, surtout qu’à ce qu’il se dit, un album est prévu pour bientôt…
Je sais, normalement on se doit d’être objectif ! Mais comment être objectif avec un groupe comme Defeater, qui après un album et une demo met toujours tout le monde d’accord ? Les coreux de Boston avaient déjà foutu une claque (même un poing dans la gueule) à tout le monde avec Travels. A croire qu’ils mettent un point d’honneur à sortir des trucs de fou juste pour énerver les gens. C’est vrai, c’est énervant tant de talent. Des compos équilibrées comme il faut, un frontman impeccable, un batteur qui en fout partout mais qui est super efficace… un concentré de subtilité et de colère.
Dès la première note de The Red, White, and Blues on serre les dents, et ce pendant tout l’EP. C’est pas forcément méchant au niveau des instrus, comme par exemple le très beau titre A Wound and Scar qui commence tout doux, limite post rock, et qui monte jusqu’à un espèce de The Mars Volta, pour redescendre low-tempo comme le début. Seule faute de goût selon moi (et qui n’est pas partagée par tous) : la petite guitare qui fait des solos sur le joli Beggin’ In the Sun. Parlons aussi un peu du concept ! Cet EP raconte dans sa totalité les périples d’un afro-américain (le même que dans Prophet In Plain Clothes sur Travel) à partir de son enrôlement pour la second guerre mondiale jusqu’à son retour.
Je vous avais prévenu dès le début : aucune objectivité dans cette chronique. Si vous avez aimé le superbe Aggression de Verse (R.I.P. snifff…), alors là… mais plongez dedans les yeux fermés ! Et quiconque critiquera Defeater se fera casser la gueule par moi !
Ce n’est pas une surprise, plutôt une confortation. Ruiner sait y faire. Le dernier album était déjà bien canon, celui-là c’est une petite bombe punk/hardcore bien “East coast”. Des jolies parties de guitare, une voix à vif et bien rauque. Sur ce dernier album, les Ruiner se tournent vers un format de plus en plus tubesque : des chansons qui font entre 2′ et 3′50”, à l’exception de I’m Out, qui ouvre le skeud, et Committed.
On peut dire qu’ils se sont assagis, la tendance a été inversée : ça joue plutôt mid-tempo dans l’ensemble, façon “colère lourde”. C’est plus épuré : si vous écoutez Part One, vous comprendrez (une batterie, une basse et la voix – les guitares sont juste là à la fin, pour la transition avec la Part Two). Les chœurs de fin sur Solitary vous feront dresser les poils. Amateurs du dernier Have Heart (R.I.P., snifff…,) vous pouvez vous y aventurer sans problèmes.